Adolf Henryk (Abraham) SILBERSCHEIN (1882 - 1951) 

 

Homme politique polonais d'origine austro-hongroise, député à la Diète de la République de Pologne, leader du Poale Zion en Pologne, membre du Congrès juif mondial à Genève et fondateur du RELICO (Relief Committee for the Warstricken Jewish Population / Comité d'aide aux populations juives victimes de la guerre). Par son action, il a contribué au sauvetage de centaines de Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale.

Adolf (Abraham) Silberschein après guerre. Archives de la Maison des combattants du ghetto.

Adolf Henryk (Abraham) Silberschein naît le 30 mars 1882 à Lemberg (future Lwow, puis Lviv) dans la province de Galicie, qui fait alors partie de l'empire austro-hongrois. Il étudie aux universités de Vienne et de Lemberg avant que sa ville natale devienne polonaise à l'issue de la guerre de 1914-1918.

Elu au Parlement polonais (la Diète) en 1927, il devient aussi leader du Poale Zion (ou Poalei Tziyon) - le Parti travailliste socialiste démocratique juif. A ce titre, il est envoyé à Genève à deux reprises comme délégué, à la conférence mondiale du parti travailliste en 1932, puis au 21e congrès sioniste, qui s'ouvre le 16 août 1939, deux semaines avant que la guerre n'éclate.

Il reste alors à Genève et s'associe de manière informelle aux travaux du Congrès juif mondial, dont le bureau genevois est dirigé par Gerhart Riegner. La collaboration des deux hommes, épaulés par le juriste genevois Paul Guggenheim, durera jusqu'au début de 1943, avant qu'un différend sur les méthodes et le financement ne les sépare. Dès 1940, pour des raisons bien compréhensibles, Silberschein a troqué son prénom contre celui de Henri, puis d'Abraham. Il dirige durant ces années le bras humanitaire du Congrès juif mondial sous le nom de RELICO (Relief Committee for the Warstricken Jewish Population / Comité d'aide aux populations juives victimes de la guerre). 

Après la brouille avec Riegner, Silberschein poursuit inlassablement son activité d'assistance et de sauvetage à la tête d'une branche parallèle du RELICO, par tous les moyens légaux et/ou semi-légaux. En 1944, il épouse à Genève Fanny Schulthess-Hirsch (1901-1980), qui dirige le Comité de placement des intellectuels réfugiés. Etabli durablement à Genève après la guerre, il est encore actif dans l'aide aux survivants de la shoah. Il meurt dans la cité de Calvin le 30 décembre 1951 et il est enterré au cimetière israélite de Veyrier.

 

Le Congrés juif mondial à Genève. 1936 - Coll. privée J. Plançon

L'inventaire de ses archives, conservées à Jérusalem à l'Institut Yad Vashem et partiellement dans le fonds Riegner des Archives sionistes centrales, donne une idée de l'étendue de ses inlassables efforts d'assistance et de sauvetage pour les juifs de Pologne.

Le RELICO travaillait en lien avec les organisations juives dans les pays occupés et dans les pays neutres, avec l'American Jewish Joint Distribution Committee, avec les organisations pro-réfugiés de Suisse et avec le CICR. Il envoyait nourriture et médicaments dans les ghettos et dans les camps de concentration. Soutenu par les diplomates de l'Ambassade de Pologne à Berne et par le Nonce apostolique, il procurait aux organisations juives et sionistes de Pologne (occupée) et des Pays-Bas des milliers de passeports «de protection» de pays d'Amérique centrale et latine (Paraguay, Honduras, Bolivie, El Salvador, Pérou, Haïti) pour les Juifs dont les noms lui étaient signalés. 

Avec Marc Jarblum à Idensdorf, après-guerre. Archives de la Maison des combattants du ghetto.

Le camp dans le Château de Titmoning. U.S. Holocaust Mémorial

Ces papiers de complaisance étaient émis – bénévolement ou non – par les agents consulaires de ces pays en Suisse et servaient à faire inscrire leurs bénéficiaires sur des listes spéciales de juifs «à échanger» contre des détenus allemands. Les «juifs d'échange» étaient en effet regroupés par les nazis, non dans des camps d'extermination, mais dans les camps spéciaux de Titmoning et de Vittel. Cette action, bien que sabordée par les autorités américaines, a sauvé la vie de plusieurs centaines de Juifs, hélas pas de tous ses bénéficiaires.

Le bureau de Silberschein fut aussi durant ces années une véritable plateforme d'information sur le sort des communautés juives d'Europe martyrisées. Par des courriers clandestins et à travers les récits de fugitifs arrivés en Suisse, il reçut des nouvelles aussi précises que terrifiantes des ghettos et des camps, qu'il parvint à transmettre aux organisations juives des pays alliés. Pendant la guerre et dans l'immédiat après-guerre, Silberschein fut l'une des principales sources d'information sur la «solution finale».

© Ruth Fivaz-SilbermannPatrimoine juif genevois, novembre 2017