Myriam ROSENBERG (1943-1964)

 

         Chaque année lorsque je vais au cimetière rendre visite à mes proches je m’arrête un instant auprès de Myriam Rosenberg. Elle avait mon âge et habitait place des Grottes où son père était facteur, ni un quartier ni un métier où l’on trouve beaucoup de Juifs.

        Elle n’avait pas de mère, était-elle morte ?

        Comment? Avait-elle quitté son mari et son enfant?

       Je crois ne l’avoir jamais vraiment su. C’était un sujet où les adultes baissaient la voix et je ne suis pas certaine que Myriam ait connu la vérité. Qui l’avait élevée avant qu’adolescente elle gère le foyer de son père?

       Elle en était la rose, la lumière, l’étoile, le soleil.... Puis elle avait fait un séjour dans le jeune Israël et là, dans ce pays d’orphelins, dans ce pays où comme elle beaucoup n’avaient ni mère, ni grands-parents, ni frère, elle s’était enfin sentie comme les autres. Elle décida de faire son alya et d’y entraîner son père.

          Celui-ci avait la mort dans l’âme. Peu séduit par l’idée de faire refleurir le désert, il ne voyait qu’une chose : le temps dévorait les cases blanches de son calendrier, son ciel devenait de plus en plus noir, son soleil s’en allait .

           Que n’aurait-il fait pour que Myriam renonce à son projet?

            Allait-il encore une fois être celui que l’on quitte ?


       Les valises étaient faites, la place sur le bateau réservée. La classe économique était bien meilleur marché que l’avion à cette époque. Puis ce matin de septembre Myriam décide de faire un dernier achat au centre ville.

      Le conducteur du camion n’a pas vu la jeune femme qui pédalait joyeusement à sa hauteur sur le pont de la Coulouvrenière.

      Myriam avait 21 ans. Comme elle le désirait, son père l’a rejointe peu après.

© Claire Luchetta-septembre 2020.